jeudi 2 juin 2011

"EUX et NOUS" ou pourquoi la xénophobie est naturelle.


Cet article est un essai de vulgarisation du concept psychologique «Us and Them», selon la spécialiste américaine en psychologie évolutionniste Judith Rich-Harris. Ce concept est plus largement étayé dans son livre «The nurture assumption» («Pourquoi nos enfants deviennent ce qu'ils sont» dans sa version francophone).


Les chimpanzés n'aiment pas les étrangers. Un animal non apparenté ou venu d'une autre communauté qui a la mauvaise idée de s'aventurer dans leur territoire risque fort de se faire attaquer, sauf s'il s'agit d'une femelle en chaleur.
Les chimpanzés n'aiment pas non plus ce qui est étrange (un membre de la communauté dont l'apparence ou le comportement serait affecté par une maladie, par exemple, se verra exclu plus ou moins violemment).
Socialement, les chimpanzés nous ressemblent beaucoup.
Rien d'étonnant à cela : nous partageons 98,4% de notre ADN avec lui. Comme les humains, ils divisent le monde entre « eux » et « nous ».

Même un animal connu dans la communauté peut être attaqué s'il n'est plus l'un de « nous » et qu'il est devenu l'un d' « eux ». Comme chez les humains, il sera perçu comme un traître puisqu'il a changé de camp.
Il semblerait même que les agressions les plus violentes soient perpétrées contres des individus qui ne sont pas totalement étrangers aux agresseurs.

Selon Richard Wrangham, spécialiste de primatologie, notre espèce descend d'un ancêtre primate qui ressemblait beaucoup au chimpanzé moderne et nos deux espèces ont hérité leurs modes de vie similaires de cet ancêtre commun.

Six millions d'années d'évolution nous séparent de cet ancêtre proche du chimpanzé, et, pendant ces six millions d'années – à l'exception de leur infime extrémité – nous avons vécu sensiblement de la même manière.
Les deux espèces vivent vivaient dans des communautés défendues par des coalitions de mâles nés au sein du groupe ; les femelles passaient traditionnellement dans une autre communauté quand elles atteignaient l'âge de la reproduction. Nous formions donc des petites communautés composées de nos proches (dans le cas des mâles) ou de parents de notre compagnon (dans le cas des femelles).

Notre sécurité dépendait de la protection des autres membres du groupe ; nous n'étions pas faits pour vivre seuls. Quand il y avait de la nourriture, elle était probablement partagée entre les membres du groupe.
Dans les deux espèces, les coalitions de mâles ne se contentaient pas de défendre leur territoire ; elles lancaient des offensives contre les communautés voisines. Ce comportement était peut être dicté à l'origine par la nécessité d'agrandir le territoire du groupe ou d'obtenir plus de femelles, mais, une fois instauré, il se perpétua de lui-même et le mobile initial perdit de son importance. On avait une nouvelle et meilleure raison de massacrer ses voisins : tuons-les avant qu'ils ne nous tuent.
Et pendant ces six millions d'années nous nous sommes battus contre nos voisins. Pour survivre. Les communautés qui s'en sortaient devenaient plus nombreuses, elles se divisaient en deux et, tôt ou tard, les deux moitiés se faisaient la guerre. Parfois, l'une réussissait à anéantir l'autre.

Selon Jarod Diamond, biologiste spécialiste de l'évolution, « De toutes nos caractéristiques humaines, le génocide est celle qui trouve son origine la plus directe chez nos précurseurs animaux. » Avant d'ajouter  que la guerre entre groupes « fait partie de notre héritage humain et pré-humain depuis des millions d'années ».

Mais nous ne sommes pas seulement des singes tueurs, nous sommes aussi des chics types.
En réalité, nous tenons un peu des deux, ce qui permet à des auteurs comme Ashley Montagu de nous décrire comme de doux pacifistes tandis que d'autres, comme Richard Wrangham, considèrent que nous sommes nés pour tuer.
Darwin a fait remarquer qu'« un sauvage risquera sa vie pour sauver celle d'un membre de sa communauté ». Ce faisant, il sauve peut être ainsi la vie de ses frères, de ses sœurs et de ses enfants – des individus avec lesquels il partage 50% de son génotype.
Si nous définissons l'aptitude d'un individu par sa faculté d'assurer la transmission de son patrimoine génétique et non par sa faculté d'atteindre un âge vénérable, l'altruisme à l'égard de ses proches parents est parfaitement raisonnable.

La raison pour laquelle certains individus peuvent massacrer impitoyablement d'innocents inconnus puis se sacrifier héroïquement pour sauver d'autres innocents inconnus est que les premiers appartiennent au groupe des autres et les seconds au groupe des siens.
Les instincts sociaux ne s'étendent jamais à tous les individus d'une même espèce mais uniquement aux membres des troupe, tribu, communauté, nation ou groupe ethnique auxquels on appartient.

Bergson l'avait bien compris lorsqu'il dit : "C'est d'abord contre tous les autres hommes qu'on aime les hommes avec qui on vit."

Nous autres Occidentaux – et nous seulement ! - vivons aujourd'hui dans un monde où la xénophobie est non seulement interdite mais lourdement punie et criminalisée.
Au nom d'une idéologie totalitaire récente, on voudrait nous interdire de préférer notre propre famille à nos voisins, nos compatriotes à des étrangers ; à ne pas privilégier des gens qui nous ressemblent, qui nous sont proches et sympathiques, à de parfaits inconnus, même quand ils se montrent hostiles.
Pourtant, la xénophobie est naturelle. Elle est profondément inscrite dans notre patrimoine génétique. C'est elle qui a permis à nos ancêtres de survivre et de se perpétuer. C'est grâce à elle que nous existons aujourd'hui.

Mon but, à travers cet article, n'est absolument pas d'inciter au racisme ou d'inviter à des comportements haineux ou violents.
Il me paraît juste important de rappeler quelques vérités scientifiques, des évidences qui sont le fondement même de l'évolution des espèces.
Il consiste également à tenter de déculpabiliser des millions de braves gens - tout ce qu'il y a de plus normaux, sains et équilibrés - afin qu'ils cessent de se prendre pour d'horribles monstres parce qu'ils ne se sentent aucune affinité avec certains groupes ou communautés qui ne sont pas les leurs.

L'esprit de groupe tire son pouvoir émotionnel d'une très longue histoire, d'une longue évolution, au cours de laquelle le groupe a été notre seul espoir de survie, nous l'avons vu, et ce groupe était composé de nos parents, de nos enfants, de nos frères et sœurs, de nos femmes et maris.

Chez les humains, la reconnaissance de la parentèle se fait par la familiarité.
C'est pourquoi nous sommes attirés par des gens qui nous ressemblent. Maris et femmes sont, en moyenne, plus similaires qu'ils ne le seraient si Cupidon décochait ses flèches au hasard.
Ils ont de très nombreux points communs dans des domaines aussi divers que la race (oups, un gros mot... pardon !), la religion, la classe sociale, le QI, l'éducation, les traits de caractère, la taille, la largeur du nez et l'écartement des yeux. Les couples – mariés ou pas – ne finissent pas par se ressembler à force de vivre ensemble, ils se ressemblent d'emblée et c'est pour cela qu'ils se sont choisis !
La similitude sert aussi de fondement à l'amitié. Cette attirance trouve aussi son origine dans la reconnaissance de la parentèle.

Attention : amours et amitiés sont des relations personnelles, qu'il ne faut pas confondre avec l'esprit de groupe – le sentiment de faire partie d'un groupe particulier et de le préférer aux autres.
C'est pourquoi on peut très bien nouer des liens très profonds et puissants avec un individu issu d'un groupe ennemi, tout en détestant le groupe dont il provient. Il n'y a aucune contradiction à cela.

Il n'y a rien de tel que le sentiment d'un destin partagé, l'impression d'être tous « dans le même bateau », pour susciter l'esprit de groupe.
Les gens tuent, meurent, pour leur groupe, Les motivations les plus puissantes se reportent à la survie ou à la reproduction.
Depuis que l'homme est sur terre, beaucoup plus d'individus sont morts pour leur groupe que pour leurs relations personnelles.

Encore une fois : il est clair que nous ne sommes ni de parfaits altruistes au grand cœur ni de parfaits monstres assoiffés de sang.
Tout dépend du point de vue où l'on se place : considérons-nous notre conduite à l'égard des membres de notre groupe ou à l'égard des membres d'autres groupes ?
Nous sommes nés pour être gentils avec les membres de notre communauté parce que pendant des millions d'années notre survie et celle de nos enfants ont dépendu d'eux. Et nous sommes nés pour être hostiles à l'égard des membres d'autres groupes, parce que six millions d'années nous ont appris à nous méfier d'eux.

La première réaction devant l'étranger, ou devant quelqu'un qui se conduit de façon étrange, est la peur. Et la peur se mue en hostilité parce qu'il est désagréable d'avoir peur. « Tiens, prends ça ! Ça t'apprendra à nous faire peur ! »
Dans toutes les sociétés humaines, les bébés de six mois commencent à avoir peur des étrangers. La présence d'étrangers est un motif d'inquiétude. Qui est-ce ? Pourquoi est-il là ? A-t-il l'intention de me voler ? De me faire du mal ? De me manger peut être ? Le bébé regarde sa mère en quête d'indices, il tente de lire sur son visage ; si l'étranger ne semble pas inquiéter la maman, le bébé est rassuré.
L'éthologiste Irenäus Eibl-Eibesfeld appelle cette réaction des bébés « xénophobie infantile » et la considère comme le premier signe d'une prédisposition innée à considérer le monde en termes d'opposition entre « nous » et « eux ».

Claude Levi-Strauss lui-même disait que la xénophobie est nécessaire à la survie des sociétés. Car ce n'est que la forme prise par l'instinct de conservation qui est la loi du vivant.

Beaucoup de gens pensent que les enfants doivent apprendre à haïr. Dans l'actualité internationale, des images quotidiennes nous prouvent que certains communautés n'hésitent pas à élever leur progéniture dans la haine et ce, dès leur plus jeune âge...
Eibl-Eibsfeld et Judith Rich Harris ne sont pas de cet avis. Et moi non plus. Haïr les membres d'autres groupes relève de la nature de l'homme (et du chimpanzé) la partie la plus repoussante.
Ce qu'il faut apprendre aux enfants, c'est à ne PAS haïr.
Nous ne sommes pas nés égoïstes, comme le pensait Darwin, mais nous sommes nés xénophobes.

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